Odalie est née en juillet 2024, au moment même de la sortie du décret sur les eaux grises. Quel regard portez-vous sur ces 2 premières années ?
En juillet 2024, le marché n'existait même pas encore. Il a donc premièrement fallu faire un vrai travail d'évangélisation : faire connaître le sujet, le décret, les solutions ; sensibiliser sur les problématiques, les enjeux et la réalité de la situation.
Aujourd'hui, le constat est unanime : il y a un réel engouement. Par conviction écologique, par curiosité ou par contrainte réglementaire, tous les acteurs du bâtiment accueillent nos solutions avec beaucoup d'intérêt.
Comment expliquez-vous cet enthousiasme ?
La réutilisation des eaux grises répond aux enjeux actuels des territoires, qu'ils soient climatiques, sociaux ou de résilience des territoires.
D'abord sur le plan climatique, en divisant par deux la consommation d'eau potable des bâtiments, on réduit la pression sur la ressource. C'est aussi un levier pour lutter contre l'augmentation des températures, notamment dans les villes, en permettant d'exploiter tout le potentiel des îlots de fraîcheur, en les arrosant toute l'année, même en période de sécheresse, et sans utiliser d'eau potable.
Sur le plan social, l'enjeu est financier. Avec des prix de l'eau qui vont doubler d'ici 2035, comment garantir l'accessibilité à ce bien essentiel aux foyers les plus modestes ? En proposant une eau réutilisée moins chère que l'eau potable, c'est un moyen de limiter l'impact de la hausse des prix de l'eau.
Enfin, des bâtiments qui ne peuvent plus être construits, parce que la ressource sur leur territoire vient à manquer ou que les infrastructures d'eau atteignent leurs limites, ça existe en France. Aujourd'hui, des collectivités refusent des permis de construire pour ces raisons. Réduire la consommation d'eau potable de 50%, c'est rendre le projet acceptable, en réconciliant développement urbain et gestion résiliente de la ressource.
Le marché du traitement des eaux grises est en pleine effervescence, mais il reste encore très jeune et peu structuré. Pour un maître d'ouvrage qui souhaite s'équiper sans risquer un échec technique ou financier, quels sont selon vous les points de vigilance à prendre en considération au moment de sa décision ?
La nouveauté du sujet entraîne une méconnaissance des solutions, et il peut être difficile pour les maîtres d'ouvrages de savoir sur quels éléments se focaliser et comment évaluer une solution. Je dirais qu'il y a 3 points d'attention majeur sur lesquels il n'est pas possible de faire de compromis : la fiabilité, la durabilité et la maintenabilité.
Tout d'abord, la fiabilité.
Il est indispensable d'évaluer le sérieux et la fiabilité de votre partenaire. Il faut s'assurer que l'entreprise a l'expertise technique nécessaire pour développer une solution capable d'atteindre les niveaux de qualité exigés par le décret. Le cadre réglementaire est strict, et il n'est pas discutable : réutiliser ses eaux grises à l'intérieur d'un bâtiment, c'est la qualité A+.
Sur un marché nouveau, nous n'avons pas droit à l'erreur, et nous voyons trop d'acteurs s'insérer sans aucune garantie sanitaire : toute erreur desservirait la cause.
Une certification sur les équipements de traitement des eaux grises sera indispensable pour garantir le respect du cadre réglementaire aux maîtres d'ouvrages. Aujourd'hui, cette certification n'existe pas. En attendant, chez Odalie, nous nous sommes engagés auprès du CSTB depuis avril 2025 pour réaliser un Avis Technique d'Expérimentation (ATEx), qui permettra d'apporter ces garanties.
Enfin, je recommande aussi de demander des résultats d'analyses, certifiés Cofrac, sur des solutions déjà installées. Cela permettra à minima de rassurer sur la capacité d'une solution à atteindre la qualité A+.
D'autre part, la durabilité de l'équipement n'est pas à négliger.
Avec des enjeux importants sur la maîtrise du bilan carbone des constructions, le choix des matériaux et des technologies est crucial. De même pour l'aspect environnemental, le PVC par exemple peut libérer des gazs comme le CVM (Chlorure de Vinyle Monomère) dans l'eau, qui sont nocifs pour l'humain et l'environnement.
Nous avons intégré ces contraintes dans la conception de l'Aquapod. En privilégiant le choix de matériaux tel que l'inox recyclé issu de production européenne, nous répondons à la durabilité dans le temps de notre solution, ainsi qu'à la maîtrise des risques sanitaires.

© VincentThierry/CAPA Pictures
Enfin, il est impératif de se préoccuper des contraintes opérationnelles et de maintenance.
Une solution n'est viable que si le coût de l'eau traitée reste inférieur au prix de l'eau potable. Cela dépend notamment du coût annuel de la maintenance, lui-même induit à la fois par la conception de la solution – utilisation de consommables, changements de filtres fréquents, et de la couverture géographique de l'entreprise – sous-traitance pour les interventions, techniciens éloignés. Avec une exploitation mal anticipée, les coûts peuvent exploser et les exploitants ou résidents peuvent ne plus profiter d'économies sur leurs factures d'eau.
C'est ce qui s'est passé dans un bâtiment, aujourd'hui équipé d'un Aquapod, et qui accueillait précédemment une solution tellement coûteuse à entretenir que le coût de l'eau traitée était deux fois plus cher que le coût de l'eau potable ! La solution a été débranchée, un retour d'expérience très négatif pour l'exploitant, ce qu'il faut éviter à tout prix.
Une conception robuste et durable, une maintenance by design et une couverture géographique nationale sont essentielles pour assurer convenablement la maintenance des équipements et garantir une exploitation pérenne.
Vous avez abordé la présence nationale, comment répondez-vous à cet enjeu après seulement 2 ans d'existence ?
Nous faisons partie du groupe Saur, acteur majeur de la gestion de l'eau en France depuis 90 ans. Nous bénéficions ainsi du maillage territorial du groupe. Toutes nos interventions techniques seront donc opérées par les équipes Saur, expertes des sujets liés à l'eau et présentes partout en France.
Cette proximité est extrêmement importante, pour 2 raisons :
Premièrement, elle permet une baisse des charges d'exploitation. Des techniciens à proximité, ce sont des temps de trajets réduits et optimisés, et donc des coûts humains réduits.
Enfin, et surtout, le rapprochement géographique permet des interventions d'urgence plus rapides. En cas d'incident, nous avons la capacité d'agir très rapidement sur place, afin que la machine ne reste pas en dysfonctionnement.
Selon-vous, quelle sera la place de la réutilisation des eaux grises dans les bâtiments de 2030 ?
Selon moi, c'est inévitable, l'intégration d'une solution de réutilisation des eaux grises sera obligatoire pour tout bâtiment neuf avant 2030. Faute de quoi, il sera impossible de tenir les objectifs du Plan Eau du gouvernement. Nous ne construisons plus de bâtiment sans une bonne isolation thermique ou sans double-vitrage. La réutilisation des eaux grises aura le même destin, et fera partie intégrante de l'évaluation de la performance d'un bâtiment.
C'est pourquoi nous invitons les promoteurs et maîtres d'ouvrage à prendre de l'avance : un bâtiment ne doit plus sortir de terre sans être conçu pour pouvoir accueillir une solution de traitement des eaux grises.

© Getty Images